Tous les âges · Elles — Au fil des mots
Enfin si. Elle existe. Mais manifestement, elle ne correspond pas à sa fiche descriptive.
À en croire les magazines, les spécialistes du bonheur et les marchands de renaissance, la femme de 50 ans serait arrivée à un tournant décisif de son existence.
Il serait temps pour elle de se retrouver.
Curieux, tout de même, cette manie de vouloir retrouver des femmes qui ne se sont pas nécessairement perdues.
On lui conseille de lâcher prise, de renouer avec sa féminité, d'accepter son âge, d'écouter son corps, de faire la paix avec son passé et, tant qu'à faire, de commencer le yoga le lundi.
La pauvre. Elle qui pensait simplement avoir 50 ans.
On lui parle de ménopause comme on annoncerait la fermeture prochaine d'un établissement. On lui explique que ses désirs vont changer, que ses priorités vont évoluer et que son corps entame une nouvelle étape.
Une nouvelle étape de quoi, exactement ?
Car pendant qu'on lui prépare son programme de reconstruction, certaines tombent amoureuses comme des adolescentes, d'autres divorcent avec un enthousiasme remarquable, quelques-unes créent leur entreprise et beaucoup continuent simplement à vivre sans avoir demandé l'autorisation à leur date de naissance.
Il y en a qui veulent séduire. D'autres qui veulent qu'on leur fiche la paix. Certaines rêvent de voyages, d'autres d'un canapé et d'un dimanche sans personne.
Et puis il y a celles qui veulent tout. Et celles qui ne veulent plus rien. Jusqu'à demain.
C'est assez désolant pour les études de marché.
À 20 ans, on leur explique comment devenir des femmes. À 30 ans, comment réussir leur vie. À 40 ans, comment ne pas la rater. Et à 50 ans, comment la recommencer.
À quel âge leur permettra-t-on simplement de la vivre ?
Ce qui m'amuse, c'est cette obsession de donner un sens à chaque période de l'existence.
Et si une femme de 50 ans n'avait aucune révélation à faire ?
Si elle n'avait ni bilan à dresser, ni revanche à prendre, ni sagesse particulière à distribuer ?
Si elle était simplement une femme avec ses contradictions, ses élans, ses erreurs, ses envies, ses silences et parfois son mauvais caractère ?
Malgré tout ce qu’elle a traversé de la petite fille qui découvre l’innocence à celle qui provoque ses ombres.
Elle continue.
Et c'est déjà pas mal. Continuer…
Parce que continuer lorsqu'on reconnaît d'avance l'odeur des choses, l'accent des promesses et les turbulences du voyage, ce n'est plus tout à fait la même aventure.
À 20 ans, on ignore encore ce que la vie peut nous prendre. À 50 ans, on connaît parfois le prix des départs, celui des retours et surtout celui des choix.
On sait qu'il faudra encore renoncer à quelque chose. Qu'une décision, même heureuse, nous éloignera peut-être d'un rêve auquel on tenait.
Et pourtant, on continue.
Pas parce qu'on est devenue plus sage, plus forte ou plus raisonnable. Mais parce qu'il reste en nous quelque chose qui refuse de confondre l'expérience avec la fin de l'histoire.
Ce qui existe, c’est ce qu’on fait de notre existence.
P.-S. J'ai pu rencontrer des personnes qui se définissaient par leur âge, et peut-être que c'est normal, mais pas pour moi.
Moi, je n'ai jamais fêté mon anniversaire. Pas parce que j'ai peur du temps qui passe, mais parce que j'ai toujours trouvé ça con et vide de sens d'éteindre des bougies chaque année…