Sam Ibtissem
On dit qu’il ne faut pas laver son linge sale sur la place publique.
Ce n’est peut-être pas seulement une question de pudeur.
C’est qu’une fois la tache exposée, on ne voit souvent plus qu’elle. On oublie le tissu, sa couleur, ce qu’il a traversé, les corps qu’il a réchauffés, les années pendant lesquelles il a tenu bon.
Il en va peut-être ainsi des relations.
À force d’exposer ce qui les abîme, on finit par oublier ce qui les a construites.
Les liens, les mains dans la main, la confiance donnée sans garantie : comment rendre encore tout cela possible aujourd’hui ?
Nous cherchons des compagnons de route pour que le temps semble plus court, mais nous voudrions que le chemin, lui, soit plus long.
Étrange contradiction.
Nous voulons quelqu’un près de nous pour oublier les heures, puis nous comptons les années pour nous assurer qu’il sera encore là.
Mais aucune main ne reste dans une autre parce qu’on la serre plus fort.
Le lien ressemble davantage à un fil qu’à une corde.
Une corde retient.
Un fil relie.
Et lorsqu’un fil se fragilise, on peut choisir de montrer à tout le monde l’endroit où il s’est rompu.
Ou tenter, à deux, de faire un nœud.
Le nœud restera visible.
Mais il racontera autre chose que la rupture.
Personne n’est parfait, et encore moins le jugement.
