Sam Ibtissem
Il y a des mots marqués au fer rouge par le son guttural de la souffrance. C’est comme si, lorsqu’on les prononce, ils s’accompagnaient d’un esprit, d’un état qui leur colle comme une ombre.
Il y a des mots à éviter, des paroles qui ne servent pas leur cause. Des visages déformés par la discussion portent leur savoir jusqu’à un certain point. Cette mesure est réelle. Et lorsqu’on s’en approche, elle installe un silence qui fait tout oublier.
Car il existe des douleurs que le langage ne devrait pas chercher à vaincre. À trop vouloir les expliquer, on finit parfois par les réduire.
Alors les mots reculent. Ils abandonnent leur prétention à comprendre et restent là, au bord de ce qui ne peut être dit.
Peut-être est-ce cela, la véritable mesure : savoir jusqu’où la parole peut aller et reconnaître l’endroit où elle doit s’arrêter.
Il reste alors un regard, une présence, parfois une main. Et ce silence étrange qui ne dit rien, mais qui, pour une fois, ne trahit personne.
